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Les voyelles américaines : le tableau complet (et pourquoi cinq lettres ne suffisent pas)

L'anglais s'écrit avec cinq voyelles, mais l'anglais américain standard en prononce une vingtaine, et l'orthographe ne vous dit presque jamais à laquelle vous avez affaire. Voici le tableau complet : voyelles simples, diphtongues et voyelles rhotiques, classées par position dans la bouche.

L’anglais possède cinq lettres voyelles. Six, si l’on compte le y les bons jours. Prononcez à voix haute cat, father, saw, day, care, about et écoutez la première voyelle de chaque mot : cette seule lettre a vient de faire faire à votre bouche six choses totalement différentes. Les lettres ne sont qu’un code grossier. Les sons qui se cachent derrière sont tout autre chose, et ils sont bien plus nombreux que les lettres dont nous disposons pour les écrire.

La bouche d’un locuteur de l’anglais américain standard produit environ vingt sons vocaliques distincts. Le nombre exact varie selon la façon de compter, et c’est un vrai sujet de débat chez les phonéticiens. Le problème de fond, c’est que l’orthographe ne vous indique presque jamais quel son viser. Prenez through, though, thought, tough et thorough : cinq graphies construites avec les mêmes lettres pour produire cinq voyelles différentes. Cette page les recense toutes en se basant sur le seul élément fiable : ce que fait réellement votre bouche.

L’anglais écrit ses voyelles avec cinq lettres, mais l’anglais américain standard en produit une vingtaine. Elles se répartissent en trois familles : les voyelles simples (des sons continus et stables comme ceux de see, cat, moon), les diphtongues (des sons qui glissent et se transforment pendant qu’on les prononce, comme dans day et go), et les voyelles rhotiques (une voyelle fusionnée avec le R américain, comme dans car et bird). Le chiffre est volontairement flou : ce tableau en présente vingt-deux, mais de nombreux Américains fusionnent les voyelles de cot et caught, tandis que le schwa /ə/ et la voyelle de fun sont souvent comptés comme un seul et même son. La meilleure habitude que ce tableau puisse vous donner : cessez de faire confiance à l’orthographe et commencez à apprendre chaque voyelle par sa sonorité et par la forme que prend votre bouche.

Cinq lettres, bien plus de sons

Une voyelle est le son ouvert au cœur d’une syllabe. Lorsque vous en produisez une, l’air sort de votre bouche sans être ni bloqué ni pincé. Votre langue et vos lèvres ne font que modeler cet espace vide, et c’est la taille et la position de cet espace qui distinguent une voyelle d’une autre. Les consonnes fonctionnent à l’inverse : elles sont produites en fermant ou en rétrécissant le passage de l’air (les lèvres qui se touchent pour /b/, la langue qui bloque l’air pour /t/). Chaque syllabe se construit autour d’une voyelle ; c’est elle qui porte l’accent tonique et l’essentiel du volume. C’est la partie de la syllabe qui chante.

Comme l’espace à l’intérieur de la bouche peut être ajusté de manière infime, le nombre de voyelles qu’une langue peut distinguer est vaste, et les frontières entre elles sont subtiles. L’espagnol en a gardé cinq. Le japonais aussi. L’anglais, pour des raisons historiques qui n’ont rien de logique, en a conservé environ quatre fois plus, tout en continuant à les écrire avec les cinq mêmes lettres héritées du latin. Ce décalage est la source de toutes les difficultés. Un apprenant qui prononce les voyelles anglaises telles que les lettres le suggèrent produira presque toujours le mauvais son, car ces lettres n’ont jamais été une carte fiable.

C’est pourquoi ce tableau est organisé par sons et non par lettres. À chaque voyelle correspond un mot repère (un mot courant dont la voyelle est sans ambiguïté) et le symbole phonétique de l’API (Alphabet Phonétique International). Apprenez le mot repère et vous aurez une prise définitive sur le son, peu importe la façon capricieuse dont un mot décide de s’écrire.

Comment décrire une voyelle

Chaque voyelle se définit par trois mouvements de votre bouche. Une fois que vous les ressentez, vous pouvez situer n’importe quelle voyelle sans avoir à la mémoriser.

Le premier paramètre est l’ouverture de votre mâchoire (la hauteur de la voyelle). Dites see puis saw. Pour see, votre mâchoire est presque fermée et la voyelle résonne en haut de votre bouche ; pour saw, la mâchoire tombe et la voyelle se place en bas. Le deuxième paramètre est l’endroit où le corps de votre langue se masse (l’antériorité). Dites see puis moon : la mâchoire est presque fermée dans les deux cas, mais pour see la langue est poussée vers l’avant, alors que pour moon elle se rétracte, avec une zone centrale entre les deux. Le troisième paramètre concerne vos lèvres. Pour moon, elles s’arrondissent en un petit cercle ; pour see, elles s’étirent. En anglais, les voyelles arrondies sont presque toutes situées à l’arrière, les deux mouvements vont donc généralement de pair.

Si vous placez toutes les voyelles sur ces axes (de haut en bas, d’avant en arrière), vous obtenez cette forme de quadrilatère asymétrique que les phonéticiens dessinent : le trapèze vocalique. Le son de see occupe le coin supérieur gauche, moon le supérieur droit, la voyelle de cat le coin inférieur gauche, et celle, bien ouverte, de father tire vers le coin inférieur droit. Vous n’avez pas besoin du schéma sous les yeux pour utiliser cet article, mais il est utile d’en garder l’intuition : les voyelles habitent un espace continu, et les sons nommés ci-dessous sont simplement les points de cet espace que l’anglais a décidé de traiter séparément.

Deux autres distinctions sont essentielles pour l’anglais américain. La première est la tension. Certaines voyelles sont produites aux extrémités de l’espace buccal et maintenues un tout petit peu plus longtemps (la voyelle de sheep) ; leurs équivalents plus courts et relâchés se placent légèrement en retrait à l’intérieur de la bouche (la voyelle de ship). Ces paires tendues/relâchées sont la principale bête noire des francophones, car notre langue maternelle n’a souvent qu’une seule voyelle là où l’anglais en distingue deux. La seconde distinction est de savoir si la voyelle glisse. Une voyelle simple maintient une position stable. Une diphtongue commence dans une position et glisse vers une autre pendant l’émission du son, ce qui explique pourquoi day et go semblent en mouvement. Ce glissement sépare les deux premières familles ci-dessous : les voyelles simples restent immobiles, les diphtongues bougent, et la tension est la ligne de faille qui traverse la catégorie des voyelles simples.

Les voyelles simples

Ce sont les voyelles stables, à position unique, ce que les phonéticiens appellent les monophtongues. L’anglais américain en compte neuf. Lisez chaque mot repère à voix haute en laissant la voyelle résonner sans bouger la bouche ; aucune d’entre elles ne doit glisser.

SonAPIMot repèreRespellPosition
la voyelle SEE/i/see, beat, seaeeAntérieure fermée, tendue, lèvres étirées
la voyelle SIT/ɪ/sit, ship, bitihAntérieure fermée, relâchée (le see détendu)
la voyelle BED/ɛ/bed, met, betehAntérieure mi-ouverte
la voyelle CAT/æ/cat, bat, sadaAntérieure ouverte, la voyelle typiquement américaine
la voyelle FATHER/ɑ/father, hot, cotahPostérieure ouverte, mâchoire grande ouverte
la voyelle SAW/ɔ/saw, caught, soughtawPostérieure mi-ouverte, lèvres légèrement arrondies
la voyelle BOOK/ʊ/book, full, lookuuPostérieure fermée, relâchée, légèrement arrondie
la voyelle MOON/u/moon, fool, whoooPostérieure fermée, tendue, lèvres arrondies
la voyelle FUN/ʌ/fun, luck, cutuhCentrale mi-ouverte ; son jumeau non accentué est le schwa

Trois de ces lignes cachent les contrastes qui font trébucher le plus d’apprenants : deux paires tendue/relâchée et une voyelle que beaucoup de langues n’ont pas.

La première paire oppose /i/ et /ɪ/ : sheep et ship, beat et bit. La voyelle de see est tendue, avec la langue haute et vers l’avant, et le son tenu une fraction de seconde de plus. La voyelle de sit en est la version relâchée : un peu plus basse, plus courte et plus douce. En français, nous n’avons que le /i/ tendu (comme dans « vie »). Conséquence : les francophones ont tendance à fusionner ces deux sons, et ship finit par ressembler à sheep. La deuxième paire oppose /u/ et /ʊ/ : fool et full, pool et pull. C’est la même dynamique à l’arrière de la bouche. La troisième difficulté est la voyelle de cat /æ/, que le français ignore complètement. Elle se situe plus bas que la voyelle de bed et bien plus en avant que celle de father. C’est le son qui empêche cat de s’effondrer en cot (la voyelle de father) ou en ket (la voyelle de bed). Si votre cat dérive sans cesse vers l’un de ses voisins, c’est la voyelle la plus prioritaire à travailler.

Il faut faire ici une mise en garde (et c’est d’ailleurs pour cela qu’il n’y a pas de réponse exacte à la question « combien y a-t-il de voyelles ? »). La voyelle de father /ɑ/ et celle de saw /ɔ/ sont en train de fusionner dans une grande partie des États-Unis. Pour de très nombreux Américains, en particulier dans l’Ouest et à l’intérieur du pays, cot et caught se prononcent exactement de la même manière, et father et saw partagent la même voyelle postérieure. D’autres locuteurs, principalement dans le Nord-Est et le Sud, maintiennent la distinction. Les deux prononciations relèvent de l’américain standard. Si vous n’entendez aucune différence entre cot et caught chez un locuteur donné, c’est qu’il a fusionné les deux sons, et vous pouvez sans problème utiliser une seule voyelle pour les deux.

Les diphtongues : des voyelles en mouvement

Une diphtongue est une voyelle qui ne tient pas en place. Elle commence dans une position et glisse vers une autre à l’intérieur d’une seule et même syllabe, ce qui signifie que votre bouche est en mouvement tout au long de sa prononciation. Dites lentement day et sentez votre mâchoire se fermer légèrement et votre langue monter vers la position de see à la toute fin. C’est ce mouvement qui en fait une diphtongue. Si vous la prononcez comme une voyelle plate et stable (le son « é » du français), elle sonnera étrangère, même si le point de départ est bon.

SonAPIMot repèreRespellLe glissement
la diphtongue DAY/eɪ/day, wayaycommence juste au-dessus de bed, glisse vers ee
la diphtongue MY/aɪ/my, whyahycommence bas, glisse vers ee
la diphtongue BOY/ɔɪ/boy, toyoycommence arrondie à l’arrière, glisse vers ee
la diphtongue NOW/aʊ/now, howowcommence bas, glisse en arrière vers oo
la diphtongue GO/oʊ/go, rowohcommence mi-arrière, glisse vers oo

Remarquez que ces cinq sons glissent tous vers l’un des deux coins supérieurs de la bouche : ee ou oo. C’est le propre d’une diphtongue : voyager d’une position ouverte vers une position fermée. L’erreur la plus courante pour un francophone est de tronquer ce glissement et d’atterrir sur une voyelle simple et constante, rendant day et go complètement plats. En français, nos voyelles (« é », « o ») sont pures et ne glissent jamais. Mais une oreille américaine s’attend à ce mouvement ; sans lui, le mot sonne faux. La solution consiste à exagérer délibérément le mouvement au début : le glissement se réduira de lui-même à une amplitude naturelle par la suite.

Un dernier son appartient à cette famille, moyennant un astérisque. Le son de cute, few et use (le son CUTE, /ju/) est souvent inclus parmi les diphtongues dans les tableaux pour apprenants, y compris celui de SayWaader. Techniquement, il s’agit d’un son « y » (la consonne /j/) suivi de la voyelle de moon, plutôt que d’une seule voyelle glissante. Mais il se comporte comme un bloc et il est très utile de l’étudier avec les autres.

Les voyelles rhotiques (colorées par le R)

C’est ici que l’anglais américain se sépare des autres accents. Dans un accent rhotique comme l’américain standard, lorsqu’une voyelle et un R se trouvent dans la même syllabe, le R n’attend pas son tour sagement comme un son distinct. Il fusionne avec la voyelle, tordant l’ensemble de celle-ci pour épouser la position de la langue du R américain, alors même que vous êtes au milieu de la voyelle. Le résultat ? Une petite série de voyelles qui portent leur R à l’intérieur. L’anglais britannique standard escamote complètement ces R. À l’inverse, ce R américain tapi au cœur de la voyelle est sans doute le marqueur le plus puissant de cet accent.

SonAPIMot repèreRespellNotes
la voyelle CAR/ɑr/car, star, heartarla voyelle de father avec un R
la voyelle MORE/ɔr/more, four, doororla voyelle de saw avec un R
la voyelle BIRD/ɜr/bird, word, firsturaccentuée ; le R pur en guise de voyelle
la voyelle MOTHER/ər/mother, betterernon accentuée ; le schwa coloré par le R
la voyelle HAIR/ɛr/hair, care, fairairla zone de bed avec un R
la voyelle NEAR/ɪr/near, here, beereerla zone de sit avec un R
la voyelle TOUR/ʊr/tour, cure, juryuurla zone de book avec un R ; très rare, poor / sure ayant en grande partie fusionné avec MORE

Les deux voyelles les plus mobilisées ici sont celles de bird et de mother. En réalité, il s’agit du même son coloré par le R, mais accentué dans un cas, non accentué dans l’autre (les phonéticiens les résument souvent en un seul symbole : /ɝ/ pour bird accentué et /ɚ/ pour mother non accentué). Bird, word, first le portent de manière accentuée. Les innombrables terminaisons en -er de mother, better, water et teacher le portent de manière non accentuée ; il s’agit alors simplement d’un schwa sur lequel se greffe le R. Dans les deux cas, c’est le pur R américain qui fait le travail d’une voyelle, et trouver la bonne position de la langue relève de la même logique que pour la consonne R. Toute la mécanique de cette position vit dans notre article sur le R américain, tandis que la terminaison atone -er constitue le versant rhotique du schwa.

La voyelle qui avale toutes les autres

Il reste encore une voyelle, et en termes de fréquence pure, elle bat toutes celles que nous venons de voir : le schwa, /ə/. C’est le petit « euh » neutre de la première syllabe de about et de la dernière de sofa. C’est le son vers lequel s’effondre une syllabe lorsqu’elle perd son accent tonique, le trou noir qui avale toutes les autres voyelles. Le mot photograph conserve une voyelle de cat pleine et entière dans sa dernière syllabe (FOH-tuh-graf) ; dans photography, cette même syllabe n’est plus accentuée et la voyelle se dissout en un schwa (fuh-TAH-gruh-fee). La voyelle n’a pas changé parce que les lettres ont changé. Elle a changé parce que l’accent s’est déplacé.

C’est pourquoi le tableau ci-dessus peut donner l’impression de décrire une langue que vous n’entendez pas vraiment au quotidien. En français, nous avons tendance à donner une durée égale à chaque syllabe. L’anglais fait l’inverse. Dans le flux de la parole américaine, seules les syllabes accentuées ont le droit de conserver leur pleine voyelle de tableau. Tout ce qui n’est pas accentué se réduit vers le schwa. C’est ainsi qu’une phrase américaine se retrouve avec une poignée de voyelles claires qui marquent le rythme, et une myriade de « euh » brefs qui comblent les vides entre elles. Le schwa fait l’objet d’une analyse complète dans l’article qui lui est consacré. Pour ce qui nous occupe ici, retenez simplement que la voyelle que vous déchiffrez sur la page est celle qu’aura la syllabe quand elle sera accentuée, et que dans le monde réel, la grande majorité des syllabes ne le sont pas.

Pourquoi vous ne pouvez pas vous fier à l’orthographe

La raison pour laquelle les voyelles anglaises nécessitent un tel tableau, là où l’espagnol ou l’italien s’en passent aisément, est simple : l’orthographe anglaise a cessé de suivre la prononciation il y a des siècles et n’a jamais rattrapé son retard. Deux schémas concentrent l’essentiel de la confusion.

Une seule orthographe, plusieurs sons. La lettre a correspond à la voyelle de cat dans cat, à celle de father dans spa, à celle de saw dans all, à la diphtongue de day dans table, à la voyelle de hair dans care, et à un schwa dans about. Le groupe de lettres ou forme une voyelle dans soup, une autre dans out, encore une autre dans though, une quatrième dans touch, et une toute différente dans could. Il est absolument impossible de déduire la voyelle avec certitude à partir des seules lettres.

Un seul son, plusieurs orthographes. Dans l’autre sens, c’est tout aussi chaotique. La voyelle de see /i/ s’écrit de six manières différentes dans see, sea, field, machine, key et people. La diphtongue de day apparaît sous les traits de day, rain, eight, they et break. Même son à chaque fois, cinq ou six costumes différents.

Ainsi, lorsque vous rencontrez un nouveau mot anglais, n’essayez pas d’en deviner le son à partir de son orthographe. Vérifiez la voyelle (l’API d’un dictionnaire, la transcription phonétique d’une application, ou à l’oreille sur un enregistrement natif) et associez ce son directement au mot. Le tableau ci-dessus vous fournit la petite liste des cibles à atteindre ; l’orthographe n’est rien de plus qu’une étiquette sur laquelle on ne peut pas compter.

Phrases d’entraînement

Lisez chaque ligne à voix haute, deux fois, lentement. Ces phrases sont truffées des contrastes les plus importants : les paires tendue/relâchée, la voyelle de cat, le glissement des diphtongues et les voyelles rhotiques. Les voyelles pièges sont mises en évidence dans la prononciation.

  1. Did you see the ship leave? Did you SEE the SHIHP leave?
  2. The pool is full by noon. The POOL is FUUL by NOON.
  3. I can't catch the last cab. I KANT KACH the LAST KAB.
  4. She bought a small ball. She BAWT a SMAWL BAWL.
  5. Look at the full moon tonight. LUUK at the FUUL MOON tonight.
  6. My boy found a toy downtown. MAHY BOY found a TOY downtown.
  7. The bird heard the word first. The BURD HURD the WURD FURST.
  8. Her father parked the car. Her FAH-ther parked the KAR.
  9. Go slow on the open road. GOH SLOH on the open ROHD.
  10. Take the same way home today. TAYK the SAYM WAY home toDAY.

Si une ligne vous demande un effort, ralentissez jusqu’à ce que chaque voyelle soit pleinement articulée, puis remontez progressivement le rythme. L’objectif est de pouvoir produire le contraste sur commande, pour que votre ship ne se transforme jamais en sheep quand le contexte l’exige.

Le point de départ selon votre langue maternelle

Votre point de départ dépend en grande partie du nombre de voyelles que votre langue maternelle parvient à distinguer. Une langue dotée d’un système à cinq voyelles devra faire entrer la vingtaine de sons de l’anglais dans cinq cases, forçant plusieurs voyelles anglaises à se percuter. Une langue dotée d’un inventaire vocalique riche connaîtra moins de collisions, mais aura ses propres lacunes spécifiques.

Votre L1Inventaire vocalique vs AnglaisSur quoi vous concentrer
Espagnol✗ Cinq voyelles
a e i o u, chaque voyelle est stable et pure ; pas de paires tendue/relâchée, et les voyelles mi-ouvertes e et o restent pures là où l’anglais les fait glisser (day, go)
Le point de départ avec le plus fort taux de collision. Travaillez d’abord les paires tendue/relâchée (sheep/ship, fool/full), puis la voyelle de cat, et empêchez les diphtongues de s’aplatir.
Italien✗ Sept voyelles
possède les contrastes d’ouverture bed vs day et saw vs go, mais aucune paire de tension et aucune voyelle de cat
Similaire à l’espagnol. La voyelle de cat et les voyelles relâchées sit/book sont vos nouvelles cibles ; les glissements des diphtongues doivent également être protégés.
Japonais✗ Cinq voyelles
a i u e o avec un contraste de longueur (long/court) qui ne correspond pas au système tendu/relâché anglais
Les voyelles relâchées (sit, book) et la voyelle de cat sont les grands absents. Évitez de plaquer la longueur japonaise sur la longueur anglaise : la différence réside d’abord dans la position de la langue, pas dans la durée.
Chinois mandarin~ Taille moyenne, structure très différente
quelques phonèmes vocaliques avec de nombreuses variantes selon le contexte ; la terminaison en R (erhua) offre une certaine familiarité avec les finales rhotiques
C’est à l’avant de la bouche qu’il y a du travail : see/sit, bed/cat. Les voyelles rhotiques posent généralement moins de problèmes grâce à l’erhua, bien que le R mandarin ne soit pas identique au R américain.
Coréen~ Sept ou huit voyelles
un système assez riche, mais la zone see/sit et la zone bed/cat ont tendance à fusionner vers un seul son pour chacune
Concentrez-vous sur la séparation de ces deux paires antérieures et sur la voyelle de cat. Les diphtongues passent généralement bien.
Hindi~ Riche, paires qualitatives
dix ou onze voyelles dont les paires courtes/longues diffèrent en qualité, un peu comme le tendu/relâché anglais ; mais cat atterrit souvent sur bed ou father, et la paire saw/go est floue
La voyelle de cat et le contraste saw vs go sont les objectifs principaux. Vos propres paires qualitatives sont un atout pour entendre la tension/relâchement de l’anglais.
Arabe✗ Trois qualités
a i u, courtes et longues, si bien que toute la zone avant encombrée de l’anglais (see/sit/bed/cat) se retrouve comprimée dans une ou deux cases
Les voyelles antérieures doivent être séparées une paire à la fois. Attendez-vous à ce que sit, bed et cat se ressemblent au début, et dissociez-les délibérément.
Français~ Riche, mais monophtongal
de nombreuses voyelles, y compris des voyelles antérieures arrondies que l’anglais ignore, mais nos voyelles sont pures et les diphtongues anglaises n’y existent pas
Notre riche inventaire aide pour les voyelles simples ; le vrai travail, ce sont les glissements. Day et go doivent impérativement bouger au lieu de rester plats. Il faut également assouplir les voyelles relâchées de sit et de book, nos /i/ et /u/ étant très tendus.
Allemand✓ Riche, avec tension
possède des paires tendue/relâchée (bieten/bitten) et plusieurs diphtongues anglaises ; c’est la meilleure avance de toutes les grandes langues
Surtout des ajustements fins. La voyelle de cat est la grande absente, et les voyelles rhotiques exigent un R américain pleinement prononcé plutôt qu’un R escamoté à l’allemande (le -er de Vater est une voyelle, pas un son rhotique).
Portugais (Brésil)~ Sept voyelles orales plus des nasales
les contrastes d’ouverture aident, mais pas de paires tendue/relâchée de style anglais, et les voyelles en fin de mot ont tendance à remonter
Les voyelles relâchées (sit, book) et la voyelle de cat sont les cibles. Empêchez les voyelles finales de dériver vers ee et oo.
Russe~ Cinq ou six voyelles
avec une forte réduction atone ; les distinctions see/sit et la voyelle de cat ne sont pas natives
Séparez see de sit et construisez la voyelle de cat. L’habitude de réduire les voyelles non accentuées est un véritable atout pour le schwa anglais.

La constante dans tout ce tableau, c’est que l’avant de la bouche concentre l’essentiel des difficultés pour presque tout le monde. La paire see/sit, la paire bed/cat, et la voyelle de cat seule sont des contrastes que la plupart des langues ignorent ; c’est donc là que le temps investi s’avère le plus vite rentable. N’y voyez aucune défaillance de votre oreille. Ce sont simplement des distinctions que l’anglais trace et que votre langue maternelle ne fait pas. Vous pouvez tout à fait apprendre à les entendre et à les produire.

FAQ

Combien y a-t-il de voyelles en anglais américain ?

Environ vingt, mais le chiffre exact fait l’objet d’un vrai débat et dépend de la façon de compter. De nombreux ouvrages de référence s’arrêtent à une quinzaine si l’on compte les voyelles simples et les diphtongues en considérant les voyelles rhotiques comme des ensembles « voyelle + R » plutôt que comme des sons à part entière. La phonothèque de SayWaader en compte vingt-deux : neuf simples, six diphtongues et sept rhotiques. Deux choix d’analyse font varier ce nombre : de nombreux Américains fusionnent les voyelles de cot et caught (ce qui en enlève une), et le schwa /ə/ est souvent regroupé avec la voyelle de fun pour ne former qu’un seul son qui s’altère selon l’accent tonique.

Quelle est la différence entre une monophtongue et une diphtongue ?

Une monophtongue est une voyelle qui garde une position fixe pendant toute sa durée, comme la voyelle de see ou cat. Une diphtongue est une voyelle qui glisse d’une position à une autre au sein d’une même syllabe, comme pour day (qui monte vers un ee) ou now (qui recule vers un oo). L’anglais américain possède neuf monophtongues et cinq diphtongues centrales (six si l’on ajoute le son cute, /ju/). L’erreur la plus fréquente des apprenants francophones est de tronquer ce glissement, ce qui rend la voyelle plate et artificielle.

Pourquoi « cot » et « caught » se prononcent-ils à l'identique pour certains Américains ?

À cause de la fusion cot-caught (cot-caught merger), une évolution phonétique qui a réuni la voyelle de father /ɑ/ et celle de saw /ɔ/ en une seule voyelle postérieure. Ce phénomène est généralisé dans l’Ouest et à l’intérieur des États-Unis, où cot et caught, don et dawn se prononcent exactement pareil. Les locuteurs de certaines régions du Nord-Est et du Sud maintiennent encore la distinction. Les deux variantes sont parfaitement valables en américain standard ; si un locuteur les confond, vous pouvez vous aussi utiliser une seule voyelle pour les deux.

Quelle est la voyelle américaine la plus difficile pour un non-natif ?

Pour la plupart des apprenants (dont les francophones), c’est la voyelle de cat /æ/, le son de cat, bad et map. N’ayant aucune voyelle située exactement à cet endroit dans la bouche, nous sommes tentés de la tirer vers le « è » (cat devenant ket) ou vers le « a » (cat devenant cot). Les paires avant tendue/relâchée (see vs sit) et arrière (moon vs book) viennent juste derrière, car elles nous demandent de scinder en deux un son qui est souvent unique dans notre langue.

Les voyelles rhotiques sont-elles vraiment des voyelles, ou juste une voyelle suivie d'un R ?

Les deux descriptions sont utilisées. Dans un accent rhotique comme l’américain standard, le R fusionne si complètement avec la voyelle précédente que les phonéticiens transcrivent souvent le résultat sous la forme d’une seule voyelle (le /ɝ/ de bird, le /ɚ/ de mother). D’autres analyses la traitent comme une voyelle ordinaire suivie de la consonne R. Pour un apprenant, la distinction importe peu ; ce qui compte, c’est que le R modifie la voyelle et qu’en anglais américain, on le prononce toujours. Consultez l’article sur le R américain pour comprendre la mécanique de la langue.

Dois-je apprendre les symboles de l'API pour utiliser un tableau vocalique ?

Cela aide, mais ce n’est pas indispensable. Les mots repères font le plus gros du travail : si vous associez chaque voyelle à un mot que vous savez déjà prononcer (see, cat, moon), vous pouvez deviner la voyelle de n’importe quel nouveau mot en la rattachant à l’un d’eux. Le symbole de l’API est surtout utile pour lire le dictionnaire, où la différence entre /ɪ/ et /i/ vous indique immédiatement si un mot prend la voyelle relâchée de sit ou la voyelle tendue de see.

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Les cinq lettres voyelles sont un accident de l’Histoire, et elles continueront à vous mentir tant que vous lirez l’anglais à travers elles. N’essayez pas de mémoriser vingt nouveaux symboles d’un coup ; accrochez simplement chaque voyelle à un mot que vous maîtrisez déjà. Choisissez les deux ou trois contrastes que le français ignore, travaillez-les jusqu’à ce que la distinction devienne un automatisme, et gardez le reste du tableau comme une référence vers laquelle revenir lorsqu’un mot vous surprend.

Par SayWaader Editorial

SayWaader Editorial est la voix éditoriale de SayWaader, un coach de prononciation pour les locuteurs avancés de l’anglais. Nous écrivons ce que nous dirions à un ami qui en a assez de sonner comme un manuel. Lisez notre note de méthodologie pour comprendre comment ce travail est fait.

Lire la règle, c’est un début.
La pratiquer, c’est le vrai travail.

Ne faites pas attendre le cactus. Il meurt de soif d’un waa·der.

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